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Sélection

The Wine Chain

Nous avons réalisé la plus grande chaine de vin au Monde : une wine chain de 78600 Kilomètres. Nous sommes partis avec une bouteille de vin du premier vigneron visité, cette bouteille a été partagé avec le second vigneron, qui lui même nous a offert une seconde bouteille à partager avec le troisième vigneron, etc.

Pour retrouver l'article cliquer sur le nom du domaine et en cliquant ici pour avoir le trajet sur la carte du monde.
Les Arpents du Soleil le 18/07/2019 à Saint Pierre Sur dives (14), Normandie, France 
Le Château Vermont le 29/07/2019 à Targon (33), Bordeaux, FranceLes Vins Pierre Rougon le 01/08/2019 à Baumes de Venise (84), Vallée du Rhône, FranceLe Vignoble Cascina Ballarin le 03/08/2019, à La Morra, Piémont, ItalieLe domaine Palazzona Di Maggio le 14/08/2019 à Ozzano dell Emilia, Bologne, ItalieL'Azienda Agricole de Salvatore Magnoni, le 22/08/2019 à Rutino, Salerne, ItalieLa Kantina Kallmeti, le 26/08/2019 à Kallmet, Lezhë, AlbanieKokino Winery, le 02/09/2019 …

Vinexpo Shanghai & Les Chinois et le Vin


Vendredi 25 Octobre 2019, 8h59, nous arrivons à l’heure prévue à la gare de Shanghai.

Nous avons passé nos deux précédentes nuits dans des trains couchettes. De nombreux trains de la sorte relient les différentes métropoles d’un pays presque aussi grand que l’Europe. Des dizaines de wagons, immenses dortoirs de 66 couchettes composés de lits superposés sur trois étages, parcourent dans l'obscurité des centaines de kilomètres et relient les villes de cet immense territoire…

A peine le sol de Shanghai foulé, nous attrapons le premier métro en direction du centre des expositions où a lieu Vinexpo. C'est un salon international du vin réservé aux professionnels, il permet de mettre en relation les vignerons et des distributeurs du monde entier. C’est le premier Vinexpo qui se déroule à Shanghai, ce qui explique sa taille modeste : à peine plus d’une centaine d’exposants pour 5000 visiteurs attendus. Mais les enjeux sont majeurs, car les géants de l’e-commerce sont présents, tel que le mastodonte de la vente en ligne Alibaba ! En effet, quand la vente en ligne de vin ne représente que 10% du chiffre d'affaires en France elle atteint 49% en Chine. Le marché est donc colossale !


Notre arrivée sur le salon commence par un petit moment de stress :
Comme la plupart des lieux publics chinois, un comité de sécurité vous accueille, vérifie vos identités et scanne entièrement vos bagages aux rayon-X. Évidemment, nos couverts et particulièrement l’Opinel tire-bouchon pose un problème à la sécurité…

Mais avec le sourire et de la patience, nous arrivons comme à chaque fois à vaincre la barrière de la langue et persuader nos interlocuteurs de nos bonnes intentions et de la nécessité de ce kit de cuisine. Notre tire-bouchon étant presque un symbole de notre voyage, il était inenvisageable de le laisser à qui que ce soit !


Nous déposons enfin nos bagages à la consigne - il sera facile de repérer nos énormes sacs parmi les attachés caisses et innombrables valises cabines - et nous entamons notre journée de travail !

Au programme, dégustation de vins chinois, récolte d’information sur la consommation locale, et prise de rendez-vous avec des vignerons des prochains pays à visiter. Nous nous accorderons également un peu de temps à déguster des vins français, car après 3 mois loin de nos racines, les saveurs du pays nous manquent un peu… Mais le plus important, trouver un vigneron chinois pour la winechain !

Un stand chinois

Une grande partie du salon est consacrée aux exposants français, plutôt normal quand on sait qu’ils représentent près de 40% des vins importés ici. Toutes les grandes régions viticoles de l'hexagone étaient présentes mais Bordeaux, la Champagne et le cognac étaient les régions les plus représentées. Curieusement, des appellations plutôt discrètes en France étaient également présentes sur la scène shanghaienne comme Suze-la-rousse ou Tursan… L’autre pays le plus représenté est le local de l’étape car les vignerons chinois ont également de fortes ambitions sur leur propre territoire. Et il y a fort à faire, car sur les cartes de restaurants, chez vendeurs spécialisés ou les grandes surfaces, les vins étrangers ont une place largement dominante.


Une bouteille et un verre de Baijiu

Sur le salon, les vignerons partagent la vedette avec des distilleries de Baijiu. L’alcool chinois par excellence. “Bai-jiu” signifie littéralement “alcool blanc”, le chinois est plutôt rationnel quand il s’agit de nommer les choses…

C’est un alcool - blanc donc - une eau de vie titrant à 56° obtenue par la distillation du Sorgho et parfois mélangée à d’autres céréales. C’est l’alcool le plus vendu en chine, il peut être selon les marques soit populaire soit très cher dans des écrins dignes des plus beaux flacons de Cognac. Nous avons fréquemment vu des Chinois apporter leur propre bouteille de Baijiu dans les restaurants ou dans la rue pour accompagner une partie de Mah-jong.

C’est une boisson au goût très prononcée, que nous avons goûté avec Neil notre hôte pékinois et lors du salon.



Parmi les stands des vignerons : de grands groupes tel que “Greatwall”, mais aussi de plus modestes domaines venus de toutes les régions. Les vignobles chinois sont situés majoritairement entre le 45 ème et 35 ème parallèle et sur un territoire très étendu. Il n’est déjà pas possible de définir un “profil” de vin français, alors définir un profil chinois sur un territoire encore plus grand que l’Europe serait purement réducteur. Néanmoins le bassin principal et historique est situé près de Pékin : Shandong, Hebei et Tianjing sont les trois régions qui représentent 60% de la production du pays. Le climat y est chaud et ensoleillé l'été, l'hiver très rigoureux et la pluviométrie est plutôt faible, ce qui donne des vins assez fort en alcool et en sucre résiduel.


Une majorité des vins sont issus des cépages internationaux comme le Cabernet Sauvignon, le Cabernet franc et le Merlot pour les rouges ; le Riesling et le Chardonnay pour les blancs. Mais on trouve également du Grenache, de la Syrah ou du Carignan. D’ailleurs, nous avons plusieurs fois entendu dire que la Chine essayait de trouver son identité à travers le Carignan.

L’autre cépage identitaire de la Chine est le cabernet Gernischt, dérivé du cabernet franc, ses arômes sont néanmoins plus proche de son autre cousin : le carmenère.

Beaucoup de vin sont proposés en monocépage, plus rarement en assemblage. Et beaucoup de vins rouges s’inspirent du style Bordelais, avec une “touche chinoise” en plus : à savoir pas mal de bois (souvent américain), une pointe plus sucrée et une étiquette à dominante rouge et dorure.


Vinexpo fut aussi une formidable opportunité de comprendre les goûts des chinois mais surtout obtenir des informations sur leur mode de consommation. Car tout au long de notre voyage en Chine nous avions vu très peu de consommateurs et avons rarement croisé de cavistes… Et ce n’est pas surprenant, car seulement 2% des boissons alcoolisées consommées par les chinois sont du vin, loin derrière la bière qui représente 40%. Cela représente 0,5L de vin par chinois par an. C’est près de 100 fois moins que le français moyen ! Bon ils sont 20 fois plus nombreux, donc ça compense…

Greatwall, le plus gros groupe viticole chinois


De plus la connaissance sur le vin est vraiment très limitée. Ici, on considère le vin comme un produit de luxe plutôt qu’un produit gastronomique, un moyen de montrer sa fortune à ses hôtes ou ses voisins de table. On achète du Lafitte ou du Mouton-Rothschild pour accompagner des tranches d’ananas ou des crevettes tempura… Les mets choisis sont certes très bons, mais l’accord mets et vins est à revoir. L’achat de la bouteille est surtout un vecteur d’apparat.

Mais si ces choix nous paraissent inconcevables en tant qu’occidentaux, pourquoi blâmer une culture ignorant le vin autaut que nous ignorons le thé ?

Car paradoxalement ils sont capables d’exploiter leurs compétences sommelières pour le thé. En effet boire du thé en sachet ou ne pas connaître les vertus de cette boisson est une hérésie en Chine… Par exemple la provenance, le millésime, la méthode de récolte ou le service du thé sont autant de critères qui compte lors de son achat. Les parallèles avec le vin sont très curieux. Lors d’une visite d’un marché de thé nous avons observé que : la température de service, le délai d’infusion comparable à l’aération du vin, rincer les tasses comme on avine le verre, sentir le couvercle de la théière comme le sommelier fait sentir le bouchon de liège, la rétro-olfaction pour saisir les saveurs, la définition de ces dernières tels un vin avec des notes dominantes ou secondaires, l’observation de la couleur étaient d'autant de points similaires à la sommellerie… La différence unique réside dans le fait qu’il n’y a pas d’alcool et qu’il n’est pas nécessaire de recracher le thé. La médecine chinoise accorde aussi différentes vertues térapheutiques selon les thés, chose que les médecins occidentaux défendaient encore au début du XXème siècle.


Des rayons majoritairement étrangers

Mais revenons au vin et à sa consommation. Comme nous vous le disions plus haut, les chinois consomment peu de vin. Cependant on en trouve assez facilement dans les supérettes, ou les magasins de spiritueux. Sur ces étalages, la vedette est donnée aux vins étrangers. Les vins espagnols et chiliens sont très présents dans les commerces de proximités, pour leurs prix abordables. 


On y retrouve également beaucoup de vin de la communauté européenne avec des noms et des étiquettes aux clichés français (marinière, béret, Tour Eiffel…) et des noms à la consonance - voire des logos - clairement destinés à évoquer les plus grands château médocains - pour ne pas dire dûper les consommateurs peu avertis. Ces vins sont assez abordables, souvent moins chers que les vins chinois et destinés à un public ne pouvant pas s’offrir de grandes étiquettes. 


Le salon Vinexpo Shanghai, nous a permi de comprendre davantage l’immense paradoxe qu’est la consommation chinoise : la Chine semble être un eldorado pour les vignerons du monde entier, mais tous les indices portent à croire que le chinois moyen n’est pas intéressé par le vin si ce n’est par l’image luxueuse des plus grands domaines. Même dans les villes ouvertes sur l'occident comme Shanghai ou Hong Kong il avait certes plus de caves mais on y vendait rarement, pour ne pas dire jamais, de vin chinois.

Vidéo de Vinexpo Shanghaï 2019

Cependant la jeunesse chinoise, davantage ouverte sur le monde grâce aux bribes d’internet que laisse filtrer le gouvernement, s'intéresse à la consommation occidentale. A l’instar de Neil, notre hôte pékinois âgés de 26 ans, qui avait appris quelque notion d’œnologie grâce à Internet. Comme lui, la jeunesse pékinoise souhaite s'émanciper des traditions et se détourne peu à peu du Baijiu pour découvrir les alcools occidentaux et notamment le vin. Neil souhaitait en savoir d’avantage sur le monde du vin, car pour lui les personnes qui achètent les grandes bouteilles n’y connaissent rien. Nous avons donc partagé pendant quelques heures une bouteille de rouge de la province de Xinjian et quelques verres de Baijiu. Un grand merci à Neil pour nous avoir offert ces deux belles découvertes et de nous avoir éclairé sur la culture Chinoise.

Ainsi la nouvelle élite chinoise est une aubaine pour les vins et les spiritueux au prestige déjà installé, et la jeunesse chinoise serait la clé du développement du marché viticole, mais seul l’attachement à leur pays est un espoir commercial pour le futur premier pays producteur de vin.

Notre visite de Vinexpo n'est pas terminée ; dans le prochain article vous en saurez plus sur le maillon chinois de la winechain.

Nous vous invitons si cela n'est pas déjà fait à lire l'article précèdent sur la Chine où nous expliquons pourquoi nous avons choisi ce pays dans un tour du monde des vins.

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