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Sélection

The Wine Chain

Nous avons réalisé la plus grande chaine de vin au Monde : une wine chain de 78600 Kilomètres. Nous sommes partis avec une bouteille de vin du premier vigneron visité, cette bouteille a été partagé avec le second vigneron, qui lui même nous a offert une seconde bouteille à partager avec le troisième vigneron, etc.

Pour retrouver l'article cliquer sur le nom du domaine et en cliquant ici pour avoir le trajet sur la carte du monde.
Les Arpents du Soleil le 18/07/2019 à Saint Pierre Sur dives (14), Normandie, France 
Le Château Vermont le 29/07/2019 à Targon (33), Bordeaux, FranceLes Vins Pierre Rougon le 01/08/2019 à Baumes de Venise (84), Vallée du Rhône, FranceLe Vignoble Cascina Ballarin le 03/08/2019, à La Morra, Piémont, ItalieLe domaine Palazzona Di Maggio le 14/08/2019 à Ozzano dell Emilia, Bologne, ItalieL'Azienda Agricole de Salvatore Magnoni, le 22/08/2019 à Rutino, Salerne, ItalieLa Kantina Kallmeti, le 26/08/2019 à Kallmet, Lezhë, AlbanieKokino Winery, le 02/09/2019 …

Japon : Le vin au pays du saké


Après un mois passé en Chine, nous nous languissions d'arriver dans un pays où la communication n'était pas limitée et où nous savions que les amateurs de vin étaient plus nombreux et plus avertis. 

Nous étions également pressés de découvrir les cépages autochtones de l'archipel nippon. En effet, on trouve au Japon deux grappes uniques essentiellement cultivées ici :
  • Le Koshu ; un raisin à la teinte rosé produisant un jus blanc
  • Muscat Bailey A ; un raisin noir aux reflets bleus utilisés pour les vins rouges.

Le programme est sur le papier beaucoup plus simple que les précédentes semaines : Nous arrivons à Osaka et repartons de Tokyo. Au milieu des deux villes, se trouve la grande région viticole de Yamanashi où pousse 95% des grappes de Koshu.

La province de Yamanashi est situé entre Kyoto et Tokyo

Après nos déboires chinois, nous avions anticipé nos demandes de rendez-vous avec les vignerons nippons plusieurs jours à l'avance afin d'adapter nos visites en fonction de leurs disponibilités. Il existe plusieurs sites japonais répertoriant les caves du pays, ce qui a grandement facilité nos recherches.

Dans un premier temps nous nous orientons uniquement sur les petites caves, produisant du Koshu et/ou du Muscat Bailey A, avec si possible un contact français ou anglais. Et nous sommes confiants, car beaucoup de vignerons ont fait leurs armes dans les vignobles français.
Autant pour commander un plat, nous nous autorisons des audaces sans traductions, mais pour poser des questions techniques nos "Kon'nichiwa, arigato, sayonara" ("Bonjour, Merci, aurevoir") ne suffiront pas…


Hélas, plus les jours passent et plus le mutisme de nos interlocuteurs nous poussent à revoir nos exigences à la baisse. Nous adressons désormais des mails à tous les sites susceptibles de nous recevoir. Y compris les domaines appartenant aux grands groupes agroalimentaires SUNTORY et ASAHI (Homologues Japonais de Danone ou Heineken). Pas forcement l'idée que l'on se fait d'un vin dans notre modeste Wine Chain, mais faute de grives…

Sur la trentaine de mails adressés, seulement deux réponses ; malheureusement négatives…

Nous doutons de notre méthode. Nos cultures étant si différentes que nous craignons que notre approche ne soit pas la bonne. Lorsque nous croisons une expatriée française vivant à Tokyo, nous lui demandons si notre email lui semble adapté. Sa réponse, "ils aiment que l'on s'adresse à eux en japonais et idéalement par téléphone". Traduisez : "C'est pas gagné !"

Mais on ne perd pas espoir… On a bien trouvé un vigneron Chinois dans un pays sans google, c'est pas la culture japonaise qui nous empêchera de trouver un vignoble Nippon !

Une cave à Kyoto

Pendant nos recherches, nous visitons plusieurs ville de Honshu (île principale du Japon) et comme dans chaque pays, nous prenons le temps d'observer les rayons des cavistes traditionnelles et de la grande distribution. Cela nous donne déjà un bref aperçu de la consommation locale.

Au Japon, on trouve très facilement un caviste. Les rayons sont plutôt bien fournis. En grande surface, près d'un tiers du vin est Japonais, on y trouve aussi bien des bouteilles en verre dont la plupart sont munies de capsule à vis, ainsi que des gros conditionnement en PET. En revanche chez les cavistes le choix de vins étrangers est très dominant, avec du bouchon liège pour l'essentiel et une large place accordée aux vins Français, Cocorico !

Une cave à Tokyo

Chose assez unique au Japon, contrairement au reste du monde, les linéaires de bourgogne sont 50% plus larges que ceux de Bordeaux. Premièrement, les vins bourguignons sont beaucoup plus adaptés à la cuisine Japonaise que les tanins Bordelais. Ensuite il existe une amitié réelle entre la Bourgogne et l'archipel Nippon. Cette amitié est même symbolisée dans le sanctuaire Meiji-Jingu, situé dans le parc de Yoyogi, au cœur de Tokyo, où une soixantaines barriques bourguignonnes (et des grands crus !) font face à autant de panier de Saké. Enfin, nombreux sont les vignerons Japonais qui viennent faire leur armes entre Dijon et Mâcon…

Les tonneaux bourguignons du parc de Yoyogi

Visiter des cavistes nous permet aussi de continuer la recherche de la future wine chain. Un premier caviste à Osaka nous avait orienté vers un vigneron proche de l'ancienne capitale, hélas ce dernier ne parlait que Japonais. Ensuite, à Kyoto, dans une chaine équivalent à Nicolas, une employée séduite par notre projet appelle un vigneron pour prendre RDV pour nous, même problème, pas de traducteur pour nous recevoir.
Le Mont Fuji vu du pont de Numazu

Nous prenons la route de la région de Yamanashi sans avoir de rendez-vous précis, avec l'idée de nous présenter directement dans les vignobles.

Après une nuit dans un bus, nous réservons une chambre au pied du mont Fuji, à Numazu. Nous essayons de trouver un hébergement plus prés de Kofu ou de Koshu, les deux villes réputées pour ces nombreux vignerons. Nous avions repéré quelques logements pas trop chers, qui nous permettaient de rejoindre les vignobles à vélo. Mais la chance semble nous avoir abandonner, le Week-end approchant, les logements dans notre budget ont disparu et il ne reste que des hôtels à 150€ minimum !
Vu de la plage de Numazu

La météo se gâte, le froid et la pluie nous découragent sérieusement à sortir, et encore moins à faire une très longue promenade à vélo.

Enfin un vigneron, de l'autre coté du mont Fuji, nous invite à passer le voir. Un vigneron comme nous les aimons, un petit domaine indépendant de 2 hectares avec une belle histoire à raconter… Malheureusement il ne peut nous recevoir que sur un créneaux très restreint, et dans une zone difficilement accessible en transport en commun… Avec les horaires des transports et l'impossibilité de poursuivre l'hébergement dans la région, cela rend cette visite vraiment compliquée. Nous déclinons avec tristesse.

Des habits traditionnels pour bouteille

En effet Fuji et sa région étant une zone balnéaire où même par temps catastrophique les Japonais semblent passer du bon temps, les logements ne pouvaient vraiment plus correspondre à notre budget. Nous décidons à regret, de prendre la route plus tôt que prévu pour Tokyo. nous y trouverons des auberges dans nos prix. Surtout nous comptons sur une météo plus clémente annoncée le vendredi pour louer une voiture sur la journée et redescendre dans la vallée située à deux heures de route de la capitale.

Mais comme le disait feu Jacques Chirac, "les emmerdes, ca volent toujours en escadrille" : nous n'avions pas anticipé la subtilité de l'administration Japonaise. Nous sommes dans un des rares pays qui n'accepte pas les permis internationaux, il faut que nous fassions traduire notre permis !

Autant dire que les chances d'un maillon nippon dans la wine chain se réduisent comme peau de chagrin…

Le beaujolais nouveau est arrivé !

Et pour couronner le tout nous n'aurons même pas l'occasion de boire un petit verre de beaujolais…

Le 21 Novembre, jour du Beaujolais Nouveau, cavistes et supermarchés mettaient en avant les bouteilles de Gamay. Pendant près de deux semaines, les mises en avant se concurrencent : le choix est assez important, au moins 5 références différentes dans une modeste superette de quartier. Les prix en revanche sont moins modestes, le moindre flacon est affiché à 15€ environ, plus du double qu'en France, et pour du JP Chenet ! Trop loin de notre budget quotidien il n'y aura pas de beaujo pour nous cette année…
Le vin y est aussi proposé sous des conditionnements encore inconcevables dans l'hexagone, à savoir des poches individuelles en plastique souple, ou des demi-bouteilles en plastique rigide avec un bouchon à vis.

Les japonais sont fous de ce vin primeur. Il est considéré ici comme un vin d'excellente qualité, quand en France -hélas- de nombreux aprioris l'élèvent au rang de piquette. Le Japon est le premier importateur de beaujolais, à lui seul le pays représente plus de 60% des exports du vin français. Les japonais en raffolent tellement que certains prennent des bains de Gamay. Au delà du folklore, c'est surtout un vin léger et fruité qui correspond à leurs goûts.


La chance fini toujours par nous sourire. Nous recevons finalement un mail du vigneron de Fuji que nous n'avons pas pu rencontrer, ses bureaux sont situés dans le cœur de Tokyo, et il a un créneau le mardi matin pour nous recevoir ! Nous ne verrons de grappes de Koshu dans les vignes de Fuji mais nous gouterons son vin ! Et nous y consacrerons un article entier

Il ne reste que le muscat bailey A, à découvrir. Nous décidons de trouver une bouteille en magasin. Nos premiers essais en supermarché se soldent par un échec, non pas que nous n'en trouvons pas, mais nous ne sommes pas sûrs des traductions sur les contre-étiquettes. Nous recherchons alors un caviste près de notre dernier logement.

La winery Fukagawa

Bingo ! Il y en a un à moins de 500 mètres. Arrivés sur place, quelle ne fût pas notre surprise d'y trouver un vigneron ! En plein cœur de la ville la plus peuplée du monde ! Bon… Il n'y a pas de grappes aux alentours, mais tout le matériel pour fabriquer du vin bien est là !

C'est la winery Fukagawa. Le propriétaire participe aux vendanges et achète ses grappes chez des viticulteurs partenaires, puis il vinifie le vin au cœur de ses locaux tokyoïtes. Quelle chance d'être tombé par hasard sur cette adresse. Il faut dire qu'il ne nous était pas venu à l'esprit de chercher un vigneron dans cette immense mégalopole.

Et comme la chance semble aussi voler en escadrille, une cliente sur place parle un français impeccable ! Elle nous décrit brièvement le concept du lieu et traduit notre périple au vigneron. Ce dernier étant plutôt occupé, nous ne l'embêtons pas avec le millier de questions qui pourtant nous chatouillent. Nous repartons malgré tout avec une bouteille de Muscat bailey A, que nous dégusterons tranquillement à l'auberge.

Notre dégustation du Muscat Bailey A

La couleur est surprenante, le vin est très clair, un rose framboise translucide. Au nez, de la fraise écrasée, du caramel et des notes de sous bois. Ce que l'on prend d'abord pour de l'humus s'avère plutôt être des notes de sauce miso, si chère à nos amis japonais. Le voyage nous permet d'ouvrir nos horizons quand il s'agit de trouver des comparaisons olfactives. En bouche, la fraise est toujours très présente, un peu plus acidulée, proche de la garriguette. La finale laisse quelques traces agréables mentholées et poivrées. Un vin très léger, qui s'accommode parfaitement avec la subtilité des mets locaux. Et même avec des plats de poissons crus. Nous avons ce soir là cuisiné des makis de thon au sésame, et une soupe de légumes sauce miso, il fut un très bon compagnon.

Un autre vin aurait été fort appréciable : c'est le vin japonais de la wine chain ! Découvrez l'article ici.

Commentaires

  1. Très intéressant ce récit entre recherche de vignerons et recherchez d'hébergement ça ne laisse pas les neurones au chômage. C'est à priori simple et en réalité bien compliqué face au budget pour le logement. Ça nous permet d'apprendre beaucoup.
    Bravo

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    1. Merci. En effet, ce voyage sous ses airs romantiques et paradisiaques n'a rien de reposant. C'est un bel exercice de gestion de budget et de fatigue. Mais c'est dans la difficulté que les instants de bonheur s'apprécient d'avantage. Nous en sortirons grandis c'est certains

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  2. Mieux vaut voyager plein d’espoir que d’arriver au but. Proverbe…………….. Japonais.........

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    1. Ca aurait fait un bon titre d'article. Mais c'est l'espoir qui fait que nous arrivons à chaque fois au but ;)

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