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Sélection

The Wine Chain

Nous avons réalisé la plus grande chaine de vin au Monde : une wine chain de 78600 Kilomètres. Nous sommes partis avec une bouteille de vin du premier vigneron visité, cette bouteille a été partagé avec le second vigneron, qui lui même nous a offert une seconde bouteille à partager avec le troisième vigneron, etc.

Pour retrouver l'article cliquer sur le nom du domaine et en cliquant ici pour avoir le trajet sur la carte du monde.
Les Arpents du Soleil le 18/07/2019 à Saint Pierre Sur dives (14), Normandie, France 
Le Château Vermont le 29/07/2019 à Targon (33), Bordeaux, FranceLes Vins Pierre Rougon le 01/08/2019 à Baumes de Venise (84), Vallée du Rhône, FranceLe Vignoble Cascina Ballarin le 03/08/2019, à La Morra, Piémont, ItalieLe domaine Palazzona Di Maggio le 14/08/2019 à Ozzano dell Emilia, Bologne, ItalieL'Azienda Agricole de Salvatore Magnoni, le 22/08/2019 à Rutino, Salerne, ItalieLa Kantina Kallmeti, le 26/08/2019 à Kallmet, Lezhë, AlbanieKokino Winery, le 02/09/2019 …

Waterkloof et la biodynamie



Nous avions prévu de visiter Waterkloof depuis plus de deux mois. Nous avions rencontré Louis, le responsable commercial lors de Vinexpo Shanghai sur un espace dédié aux vignerons bio. Ce domaine nous avait séduit par son approche et sa gestion biodynamique du vignoble.
La biodynamie est une méthode agricole visant à laisser le plus d'autonomie à la nature. Elle limite drastiquement l'emploi de produits chimiques et assure une biodiversité et un équilibre maximum entre les espèces autochtones (faune et flore)Elle prend également en compte le magnétisme terrestre, solaire et lunaire.  En résumé, une agriculture bio poussée à son maximum du naturel. D'où notre forte envie de découvrir ce vignoble.

Ainsi nous avions pris rapidement rendez-vous avec Nadia, l’œnologue de Waterkloof pour l’interviewer sur le sujet.

Le domaine appartient depuis 2004 à Paul Boutinot, un Français natif de St-Malo, il est situé à Somerset West, flanqué en amphithéâtre sur le versant Sud de Schapenberg qui domine la baie de Gordon’s bay. Actuellement la région de Somerset n’est pas reconnue comme appellation géographique viticole, mais d’après Nadia, cela devrait le devenir à moyen termes. Avec la proximité de la mer et les vents froids du Sud-est, le domaine bénéficie d’un climat frais, en moyenne 5 degrés en dessous des moyennes de Stellenbosch, pourtant situé à quelques kilomètres seulement derrière la montagne.

Tout le long des deux kilomètres de la route qui relie la barrière de l’entrée jusqu’à la cave on peut apercevoir quelques indices d’une agriculture biodynamique. La place allouée aux espaces naturels non cultivés est très importante, il y a plusieurs vaste enclos pour animaux et ces derniers sont en quantité raisonnable. Il y a quatre cochons, trois vaches, six chevaux, une vingtaine d’oies, quelques chèvres et des poules. Autre détail marquant, l’herbe pousse naturellement entre les rangs de vignes. Elles est tondue l’hiver par la méthode la plus naturelle et la plus efficace qu’il puisse exister : le mouton !


Nadia, une jeune œnologue sud-africaine nous reçoit vers 10h. Elle nous propose un tour en 4x4 de l’immense domaine. Nous parcourons les parcelles majeures parmi les 83 hectares de vignes. Elles ne recouvrent pourtant qu’une infime partie des 1200 hectares de la propriété. Bien que le sauvignon soit la plus grosse production du domaine, c’est les vignes de Mourvèdre qui occupent le plus de place ici. On observe également des pieds de Chardonnay, de Chenin, Cinsault, Syrah et Cabernet…


Comme partout ailleurs les rangs de vignes sont orientés idéalement en fonction de la pente et du soleil, mais ici, ils sont surtout orientés en fonction de la direction du vent. Dans cet enclave, il n’est pas rare que les vents dépassent les 90 km/h. C’est de ces collines venteuses, que le logo du domaine sera inspiré. Il représente Eole, le dieu du vent Grec.


La plupart des échanges lors de cette « balade » étaient essentiellement autour de la biodynamie et sa concrétisation dans le vignoble. Nadia, passionnée par les sciences et la nature, s’épanouit pleinement dans ces méthodes mélangeant bon sens agricole et analyse chimique des actions.


Par exemple, lorsque nous descendons voir les animaux et les différents compostes qu’ils permettent d’obtenir, elle nous fait remarquer que les excréments de cochons apportent davantage de carbone que ceux des vaches ou des poules. Ainsi en analysant les composés chimiques des compostes, le domaine optimise leurs utilisations.


Tous les déchets organiques du domaine sont donc ainsi réutilisés à bon escient. Comme les épluchures, les restes de poissons, le marc de café ou les coquilles d’œufs provenant du restaurant. 
Un engrais 100% local qui sera mixé, dilué avec précision dans l’eau et aspergé sur les parcelles en fonction des besoins. 

Disséminées sur le domaine, on peut apercevoir quelques ruches dont les abeilles seront utiles à la flore locale tout en fournissant du miel pour le restaurant.

Nous passerons également à côté de six percherons. Ces chevaux sont utilisés pour les travaux de la vigne, bien que leur taille soit imposante, ils sont plus légers que les machines et compressent moins les sols. Evidemment cela réduit d'autant plus l'emprunte carbone de la ferme.


Le responsable d’exploitation a la délicate mission de préserver la santé des vignes sans utiliser aucun intrant chimique. Seuls quelques doses de soufre ou de cuivre sont tolérées. Mais grâce à tout ce bon sens agricole, cette solution n'est utilisée que dans de très rares cas.

L’utilisation du calendrier lunaire est aussi très importante dans la biodynamie. La lune régule ainsi les périodes de taille, de greffes ou des plantations. La plante réagit différemment selon que la lune soit montante ou descendante. A l’instar des marées, notre satellite terrestre a une action véritable sur la circulation de la sève dans la plante…


Ainsi un calendrier lunaire se décompose en 4 périodes distinctes : les jours racine, les jours feuille, les jours fleur et les jours fruit. Les travaux viticoles s’adapteront à ces derniers.

Beaucoup d’experts s’accordent également sur les influences que ce calendrier peut avoir sur le goût du vin lors de son embouteillage ou sa dégustation. Mais dans les faits ce sont souvent les contraintes logistiques et commerciales qui définissent les dates d’embouteillage…

En tout, ce sont près de 80 employés qui travaillent ici, partagés entre le restaurant et l’entretien des vignes. Nadia est accompagnée de trois personnes pour la gestion de la cave. En février prochain, d’autres vendangeurs viendront compléter les rangs pendant près d’un mois…


Nous rejoignons le restaurant pour la dégustation. L’établissement fait partie des trois meilleures tables du pays et la vue sur les vignes et la mer s’ajoute au prestige du lieu. Avant de rejoindre la salle de réception, un couloir aux parois de verre permet d’observer la cave en contrebas. On aperçoit les barriques en chêne, et des œufs en béton.


Ces œufs sont de plus en plus employés par les œnologues : ils permettent au vin de suivre un mouvement fluide et circulaire lié à la fermentation. Ce mécanisme naturel a la même fonction que le bâtonnage manuel ; en remuant la matière en suspension, il apporte de la structure au vin et lui confère davantage d’arômes.

Une fois le restaurant traversé, nous nous installons sur la terrasse vers 11h, qui à cette heure est encore presque vide.

Nous commençons la série par un rosé, « Cap Coral » 2019, 100% Mourvèdre, fermentation naturelle après vendanges manuelles. Le vin est orange corail, d’où son nom. Le nez est sur les fruits rouges, de la grenade et des framboises fraîches, la bouche est dominée par l’ananas et les fruits rouges.


Nous goûtons ensuite un Chardonnay 2019, élevé sur lie dans les œufs en béton puis quelques semaines en barriques. Il offre des saveurs citronnées, de pomme verte et de fleurs blanches. Sa texture est grasse et soyeuse.

Le Sauvignon blanc 2019 : Le nez est très frais, on perçoit du Litchi, du citron vert et des fleurs blanches. Le vin est fermenté en barriques de plus de 10 ans (ce qui n’apporte pas de saveurs boisées). « Un vin inspiré des sancerre ». En bouche le vin est fruité (fruit de la passion) et végétal (herbes provençales).


Le blanc « Circle of life », est un assemblage de 67% de Sauvignon et de 29% de chenin et une pointe (4%) de sémillon. Le nez est légèrement boisé, la bouche est crémeuse avec des arômes de pêche. L’équilibre entre l’acidité, la douceur et le gras du vin est un pur plaisir. Un vin est agréable et facile à boire.

Le Cinsault 2018 “Seriously cool” : Plantée sur un sol sableux, la vieille vigne procure au vin une fluidité proche des pinots bourguignons. Le jus est en contact avec les peaux pendant 3 jours avant d’être pressé, ce qui lui procure un tanin présent mais pas astringent. Le vin offre des arômes de violette et de buis évoquant les hectares présents sous nos yeux. La finale est longue et poivrée. Ce vin est fin et délicat, un vin gastronomique spécialement élaboré pour accompagner les mets à base de viande blanche servis au restaurant.

Nadia nous avoue “travailler avec un chef, et être mariée à un autre chef, me permet d’affiner au mieux mes choix pour l’élaboration des vins…”


Le Syrah 2016 : Pressé entièrement avec les rafles, les tanins sont légers et le vin présente toutes les caractéristiques d’un syrah : un vin puissant, épicé aux parfums de fruits noirs

Cabernet franc 2016 : La vendange manuelle, puis le pressage avec les pieds permet de préserver toute la délicatesse du cabernet. Macéré pendant 30 jours au contact de la peau, les tannins sont très expressifs. Les arômes du vin sont dominés par le cassis et les fruits rouges. Il laisse une note végétale (pin) sur la longueur.

Mourvèdre 2017 : Le nez et la bouche sont sur des fruits noirs et rouges (prunes, cerises griottes), et des nuances marquées d’épices chaudes. Les tannins sont très présents et persistent longtemps en bouche…


L’ensemble des vins sont fins et délicats, comme une signature de Nadia. Nous lui précisons que nous aimons cette idée que bien que les vins soient tous distinctifs et uniques, on reconnaît une certaine similitude dans la texture. Une signature incontestablement féminine. Il semble que nous n’aurions pas pu lui faire de meilleurs compliments, Nadia est visiblement touchée.

Justement, concernant Nadia, quel est son parcours ?

« J’ai étudié la viticulture à Stellenbosch, puis je suis parti faire divers stages en Australie et en Nouvelle-Zélande. J’ai aussi été stagiaire en France, à Chablis, à Gevrey-Chambertin et Cairanne. Et maintenant je travaille ici depuis 11 ans, d'abord en tant qu'assistante et maintenant comme œnologue principale.
Je me suis orientée vers la viticulture car j’aime les sciences et la nature. Les sciences pour connaître la composition des choses, pour savoir comment et pourquoi les utiliser. Et dans la nature, particulièrement, en viticulture, chaque année, chaque journée est différente. Notamment, hélas avec le réchauffement climatique, nous devons faire face à des pics de chaleur importants…

Puis nous posons notre question favorite :

Quelle est votre philosophie à propos du vin ?

"Je crois que l’on doit respecter au maximum la terre et le terroir, et produire des vins qui les retranscrivent simplement "

Enfin quel est votre vin français favori ?

Sa réponse est sans appel : "Château Rayas ! J’aime sa manière de produire un vin fin et délicat dans une région qui produit des vins majoritairement corsés."

Avant de libérer Nadia et la terrasse pour les nombreux clients du restaurant qui arrivent, nous proposons d’intégrer Waterkloof à la winechain. C’est un oui !


Nadia sera la seconde femme à joindre notre chaîne internationale de vigneron. Elle succède à Nikki, de Granmonte Winery. Alors merci Nadia pour cette visite privée, merci pour toutes ces informations concernant la biodynamie et bienvenue dans la winechain !



Commentaires

  1. Encore une belle rencontre suivie d’une belle dégustation. Le Rosé 100% Mourvedre ressemble t-il à notre Bandol ...?
    Bonne continuation

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  2. De ce que je me souviens de Bandol, les vins étaient plus complexes et des nuances bien provençales avec une finale légèrement amère.
    Ici, l'accent est porté sur la gourmandise et la fraîcheur.

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