Accéder au contenu principal

Sélection

The Wine Chain

Nous avons réalisé la plus grande chaine de vin au Monde : une wine chain de 78600 Kilomètres. Nous sommes partis avec une bouteille de vin du premier vigneron visité, cette bouteille a été partagé avec le second vigneron, qui lui même nous a offert une seconde bouteille à partager avec le troisième vigneron, etc.

Pour retrouver l'article cliquer sur le nom du domaine et en cliquant ici pour avoir le trajet sur la carte du monde.
Les Arpents du Soleil le 18/07/2019 à Saint Pierre Sur dives (14), Normandie, France 
Le Château Vermont le 29/07/2019 à Targon (33), Bordeaux, FranceLes Vins Pierre Rougon le 01/08/2019 à Baumes de Venise (84), Vallée du Rhône, FranceLe Vignoble Cascina Ballarin le 03/08/2019, à La Morra, Piémont, ItalieLe domaine Palazzona Di Maggio le 14/08/2019 à Ozzano dell Emilia, Bologne, ItalieL'Azienda Agricole de Salvatore Magnoni, le 22/08/2019 à Rutino, Salerne, ItalieLa Kantina Kallmeti, le 26/08/2019 à Kallmet, Lezhë, AlbanieKokino Winery, le 02/09/2019 …

Fromm Winery et le Marlborough


Marlborough est sans nul doute la région viticole la plus connue de Nouvelle-Zélande. Elle est située dans le Nord-Est de l'île du Sud, tout près de Picton, qui relie l'île du Nord par ferry via Wellington.

C'est dans cette région que nous avons prévu de passer nos derniers jours sur l'île du sud. Et c'est également ici que nous avons rendez-vous avec Stephan Walliser de la Fromm Winery, au village de Blenheim.


Notre RDV est prévu le vendredi à 10h; et le seul endroit pour dormir gratuitement est le village voisin de Renwick. Il offre un espace gratuit pour seulement dix vans, et un tel endroit dans une région viticole attirant beaucoup de visiteurs, il valait y mieux être de bonne heure. En effet l'autre alternative économique se trouvait à plus d'une heure et demi de route d'ici… Pour ne pas laisser passer cette chance, la veille nous avions parcouru beaucoup de kilomètres pour être certains d'y avoir une place. Et, bien qu'arrivés dès 16h, nous nous installions sur le dernier emplacement.


Marlborough est une immense vallée, qui ressemble davantage à une plaine tant cette dernière est large. Les hectares de vignes, alignés au cordeau se succèdent sur des dizaines de kilomètres, sur un sol relativement plat. Il faut s'éloigner des axes principaux pour découvrir quelques discrètes collines et un panorama moins régulier.
Avec 86% de son encépagement concerné, la région est surtout réputée pour ses sauvignons blancs. Elle est incontestablement la plus grande zone viticole du pays, car à elle seule, elle couvre plus de 60% des terres exploitées. Il y a une dizaine d'années, le vignoble en représentait les trois quarts.
La part de la viticulture dans la région est considérable : elle représente 19% de l'économie locale et 1 emploi sur 10 en dépend. Des chiffres qui ont été multipliés par quatre en moins de 20 ans.
Il faut noter l'importance du tourisme dans cette part de l'économie. A l'instar des vignobles Sud-Africains, une grande partie de la masse salariale est consacrée au bien être de la clientèle plutôt qu'à la production. Des métiers de service comme la restauration, l'accueil ou l'hôtellerie ont une part prépondérante dans cette économie viticole…

Notre interlocuteur, Stephan, est très sensible à cet aspect. Ayant lui même travaillé de nombreuses année dans l'hôtellerie à Gstaad, en Suisse. Avant que sa passion pour le vin ne l'emmène en Nouvelle-Zélande. C'est lui qui nous accueillera à 10h pile ! Il n'y a pas que les horlogers qui sont précis en suisse… Derrière son anglais parfait se cache un léger accent germanique. Néanmoins les nombreux tatouages Maoris qui colorent ses bras et ses jambes confirment que quelle que soit son origine, son cœur et sa peau sont désormais Néo-Zélandais. Stephan parle également quelques mots de français. Il aura la délicatesse de s'adresser à Barbara plusieurs fois dans la langue de Molière mais l'essentiel de l'interview se fera dans la langue de Shakespeare…

Concernant Fromm, c'est une cave de taille modeste pour la région : elle ne produit que sur 18 hectares quand la moyenne est plutôt aux alentours de 50ha dans le Marlborough. Au delà de sa surface, nous avons surtout choisi ce lieu pour sa conduite agricole. En effet, Fromm est en agriculture biologique depuis 2005.
Concernant l'histoire du domaine, elle démarre avec l'arrivée de Georg Fromm. Il quitte son vignoble Suisse pour construire une nouvelle aventure viticole à l'autre bout du globe. Après avoir établi une solide réputation à ses vins, mêlant "le style européen et l'ingéniosité du kiwi", Georg retourne vers le domaine familiale en 2008 et cède la propriété du domaine à des amis de longue date, Pol Lenziger et notre guide : Stephan Walliser.


Après cette présentation rapide, nous nous dirigeons vers les rangs de vignes.
Si le soleil matinal et la tenue décontracte de Stephan peuvent laisser croire à des températures estivales, ces dernières restent fraîches. Comme le précise le vigneron "ici le temps est sec, mais pas chaud". En effet, les montagnes qui entourent la région protègent des vents et des pluies venus de l'océan. La région n'est arrosée naturellement que de 650mm annuellement. Il faut compléter le besoin en eau par une irrigation régulière. Mais nous le verrons plus tard, ce n'est pas le cas de Fromm.


Les raisins présents sur les grappes sont prêts à être vendangés. La récolte devrait commencer la semaine prochaine et se poursuivre sur deux mois. "C'est un choix de conserver une taille modeste. Nous pouvons ainsi vendanger l'intégralité de notre récolte à la main, au profit de la qualité".
Nous croquons quelques grains de raisin. Ils sont encore fermes mais juteux et sucrés. L'acidité est franche et le pépin n'est pas trop vert. C'est à l'ensemble de ces éléments que le vigneron décidera si les grappes sont prêtes pour le lancement des vendanges.
La couleur et la fermeté de la peau lui donne une indication sur la couleur du jus qu'il pourra obtenir au cours de la macération. Le niveau de sucrosité définira le taux d'alcool et/ou de sucres résiduels. Les pépins, en fonction de la presse et de la durée de macération, influenceront l'astringence du vin. Attention, en excès l'astringence et l'acidité rendront le vin peu agréable. Néanmoins, s'il en est dénué, le vin n'aura aucune structure, donc aucun caractère : un vin sans plaisir.


Il existe de nombreux outils, comme le réfractomètre qui permet de mesurer le taux de sucre dans une goutte de jus de raisin. Mais après plusieurs vendanges, un vigneron saura en croquant le fruit à quelle date les récoltes pourront démarrer. Pour Fromm, le top départ sera donné moins d'une semaine après notre passage. Et pour 2020, les récoltes s'annoncent prometteuse.

Puisque nous parlons des bonnes années, nous évoquons l'année chaude de 2018 et les impacts sur les vins de l'Otago. Qu'en est-il dans la région de Marlborough ? "Vous savez, la Nouvelle-Zélande n'est pas l'Europe. Nous n'avons pas d'excellent ou de mauvais millésime. Ici il y a plus de stabilité, il y a moins de fluctuation sur le climat et d'impact sur la qualité des vins. A Marlborough : tous les millésimes sont bons". Puis il ajoute "Néanmoins, si 2018 n'a pas été une mauvaise année en terme de qualité, elle le fût en difficulté à piloter le vignoble en agriculture bio. 2018 fut une année chaude certes, mais humide avant tout. Et les deux phénomènes combinés sont synonymes de botrytis".
Autant le botrytis sera l'allié des vignerons dans le Sauternes, autant il ne sera pas le bienvenu sur le sauvignon blanc de la région. 


En recensant les différentes variétés de grappes produites sur les parcelles du domaine, nous constatons deux points notables chez Fromm. La première et non des moindres, c'est que contrairement à ses voisins, c'est le pinot noir et non le sauvignon blanc qui est cultivé en majorité. Ensuite, parmi les autres variétés de blanc (pinot gris, chenin, chardonnay), deux variétés de rouge dénotent dans la région : le malbec et la Syrah. "La syrah a été plantée ici pour s'adapter au réchauffement climatique" précise Stephan.

Le réchauffement climatique fut une transition idéale pour aborder l'agriculture biologique. Le bio était une évidence pour Fromm (dès 2005) bien avant que cela devienne un argument marketing pour les autres. "Nous nous soucions de notre propre santé et par extension de ce que nous mangeons et buvons." L'agriculture biologique permet à Fromm de faire d'une pierre deux coups. Consommer un produit issu de fruits sains, et préserver la nature, ses employés et les personnes vivant autour des parcelles.

Fromm a également choisi de limiter l'irrigation. On constate certes la présence de matériel de goutte à goutte, mais il n'a pas été utilisé depuis 2004 sur les parcelles en exploitation ! Pourtant la région ne reçoit que 650 mm de pluie par an. Y compris sur les jeunes ceps encore non productifs, l'irrigation est réduite. Cela permet aux racines de s'enfouir plus profondément, apportant robustesse et capacité à capter plus de d'Oligo-éléments dans le sol : un aspect essentiel pour apporter de la complexité au vin. "Cet enracinement profond accentue notre sentiment d'appartenance au terroir".

Au delà du bon sens écologique, avec cette conduite de vignoble plus naturelle, Fromm souhaite avant tout faire ressortir l'expression du terroir. Moins ils interviennent, plus les raisins expriment le caractère des sols, et des caprices de dame nature.


L'ensemble des démarches entreprises leur permet d'obtenir la certification Néo-zélandaise "agriculture biologique". A noter que, contrairement à la multiplicité européenne, il n'existe que deux organismes de certification en Nouvelle-Zélande. "Bio-gro" pour le bio, et "demeter" pour la biodynamie.

Nous demandons justement pourquoi la cave Fromm ne passe-t-elle pas le pas de la biodynamie ?
"Cela reste encore trop ésotérique pour nous. Il n'est pas nécessaire de lever les yeux pour regarder les étoiles et la lune alors qu'il suffit de les baisser pour constater comment la vigne se porte ! Mais nous nous inspirons beaucoup de certaines logiques. Nous utilisons notamment la technologie du froid pour limiter l'utilisation du soufre, nous choisissons de faire confiance à la nature pour la fertilisation de nos plants, ou encore nous réutilisons le marc (résidu organique obtenu après la presse) comme composte naturel."


La qualité passe également par des choix lors de la taille. "Nous réalisons un gros travail de vendanges vertes". C'est à dire que certaines grappes sont supprimées du cep, afin que les oligo-éléments puisés dans le sol soient reconcentrés vers les grappes restantes.

Egalement, lors de la presse, "nous optons pour un pressurage doux afin d'extraire le moins de matière possible provenant des pépins." En effet, le pépin s'il est trop écrasé apportera trop d'astringence et même de l'huile dans le vin. Cela nuira à la qualité. Néanmoins, Fromm choisi volontairement de limiter sa productivité au profit d'un jus de qualité. Car plus la presse est douce et moins le jus est extrait des baies.

Les blancs sont pressés avec la rafle. En revanche les rouges sont dépourvu de ce lien végétal lors de la presse. Les billes de raisin sont passées sur une table de tri afin d'écarter les baies de moindre qualité. C'est travail minutieux et couteux qui, là encore, est un véritable gage de qualité. Les rouges sont ensuite macérés quatre semaines avec les peaux afin de se colorer et d'accroitre leur teneur en tannins.


Pour démarrer la fermentation, l'œnologue opte pour des levures indigènes. C'est à dire que les levures sont issues du vignoble. La fermentation est un processus naturel; mais certains œnologues, notamment pour des raisons industrielles, optent pour des levures chimiques afin de déclencher plus rapidement ce phénomène. Cela apporte un goût au rendu final. C'est ce qui apporte par exemple le fameux "goût de banane" au beaujolais nouveau… Cette saveur n'est pas forcement mauvaise, mais pour un puriste du terroir, cela vient altérer le goût originel du vin.

Toujours concernant la vinification, la maison choisi de ne pas filtrer le vin et de limiter le "collage" du vin. Ces actions effectuées sur la majorité des vins ont pour but de les rendre "limpides et brillants". En en quelque sorte, elles remplacent une décantation naturelle qui épurera le liquide de la matière en suspension. Ces méthodes, si elles sont trop agressives sont accusées de réduire la structure (densité) et la complexité des vins. En revanche, si la mise en bouteille, sans filtration ni collage n'est pas fait avec sérieux, cela peut altérer sa conservation en bouteille.
Nous ne doutons pas d'une telle minutie chez la maison Fromm. Au contraire, ici on fait le choix d'un fort potentiel de garde pour les vins. La maison est d'ailleurs l'une des rares à opter pour le bouchon de liège.


Nous pénétrons ensuite dans la cave. A quelques jours des vendanges, elle brille de mille feux. Les cuves en inox sont toutes vides et nettoyées. A l'exception d'une petite cuve : "Celle-ci, ce n'est pas notre vin. Nous prêtons notre outil et notre savoir faire à un ami japonais".
Nous passons également devant la nurserie, là où sommeillent les tonneaux des millésimes précédents. La quasi-totalité de ces tonneaux sont bourguignons, à l'exception de quelques Bordelais.
L'ensemble des tonneaux reposent sur un lit de graviers blancs. Ces derniers ne font pas office de décoration mais ils ont un rôle "antisismiques". En effet, la Nouvelle-Zélande est sujette à de nombreux tremblements de terre. Les graviers permettent de limiter les micro-secousses et d'atténuer les vibrations néfastes à la conservation du vin.


La particularité de ces tonneaux est leur couleur ! Les extérieurs sont en bois, avec une teinte classique, mais le centre a été teinté de couleur lie de vin, grâce au marc des récoltes précédentes. Ainsi, l'ensemble des tonneaux arborent une ceinture ventrale rougeâtre. Cette coquetterie a surtout une vertu esthétique. En effet, lors de la manipulation en tonneau, comme le ouillage ou une simple dégustation à la pipette, il en résulte toujours des coulures de vin venant "salir" l'aspect visuel des barriques. Ainsi, ton sur ton, la tâche n'est plus visible.


Nous rejoignons enfin la salle de dégustation. Lors du trajet, nous remarquons un mur entier de bouteilles vides. Des grands crus y trônent tels des trophées. Comme un tableau de chasse recensant les meilleurs dégustations du vigneron. Parmi ces bouteilles, les plus belles étiquettes du monde nous laissent rêveurs : Pétrus, Angélus, Yquem, Haut-Brion pour quelques exemple bordelais ou La Tâche, Vosne-Romanée, Clos-Vougeot et autres grands crus Bourguignons...




Dans le hall de la réception une autre collection, encore plus impressionnante pour un néophyte. Plus de 700 tire-bouchons, de toutes les tailles, de toutes les époques et toutes les matières… Un véritable musée du tire-bouchon ! D'après Stéphan "c'est certainement la plus grande collection de Nouvelle-Zélande et peut-être même de l'hémisphère Sud !"

Pour la dégustation, la température s'étant légèrement adoucit, nous optons pour une table en extérieur.


Nous commençons la série par un test comparatif sur les Chardonnay :

Chardonnay 2018 :
Le nez est assez rustique, évocateur d'une cave enterrée et de fermentation, la bouche est dans la continuité. Si habituellement le chardonnay a tendance à avoir des saveurs acidulées de pomme verte, nous ressentons ici de la pomme, mais plutôt mûre et granuleuse. La texture est grasse, et le bois discret sur l'entame. En final, le bois ressurgit tardivement et persiste. Les aromes finaux évoluent vers des notes minérales et florales.
Après 16 mois en barrique bourguignonne, le vin est embouteillé avec une capsule à vis.

Chardonnay, "221 Brancott Road" 2018 :
Lorsque les propriétaires ne trouvaient pas de nom pour cette cuvée, ils ont conclu que l'adresse de la parcelle ferait l'affaire.
Le vin est plus franc et plus droit que le précédent. L'acidité, plus perceptible, apporte au vin une vivacité et une fraîcheur bien plus marquée. Les notes sont minérales. Un millésime et un cépage unique, de la même maison, mais deux profils très distincts, notamment parce que les clones du Chardonnay ne sont pas les mêmes.



Rosé "blanc de noirs" 2019 :
Blanc de noirs signifie que l'on obtient un vin "blanc" à partir de raisins "noirs". Ici le rosé est obtenu en laissant macérer quelques heures le jus blanc avec les peaux colorées des grappes. Le jus provient de grappes de Pinot noir, de Malbec et de Syrah.
Le vin est très fruité : des baies rouges (framboises, fraises des bois, groseilles) mais aussi des fruits jaunes mûrs. Une gourmandise. La finale est plutôt rustique mais élégante, et laisse une sensation de douce chaleur qui contraste avec la fraîcheur du service.

Avant que Stephan n'aille chercher les rouges, nous l'interrogeons sur le logo. "Le M vient de Malans, le village de Georg Fromm. Par chance il colle à merveille avec le M de Marloborough… Quant à la croix, c'est pour représenter le christianisme."
Un hommage à Jésus ? L'homme qui sans le savoir a énormément contribué à l'expansion du vin dans le monde et les différentes classes sociales.

Lorsque Stephan revient avec les vins à suivre, il nous présente le vin avec les avantages suivants : "Ce vin a trois qualités, il est idéal pour un barbecue, il apporte l'ivresse, et il ne donne pas mal au crâne". Vu comme ça on ne peut que l'apprécier !


Pinot Noir "vineyard" 2018 :
Le vin est légèrement trouble (non filtré). Le nez est typique d'un pinot noir ; on y retrouve un subtil mélange d'épices (poivre noir) et de fruits rouges. En bouche, ce sont les fruits rouges et noirs qui dominent, on y perçoit de la mûre et du cassis. Il présente des notes de terre humide et de réglisse puis l'aspect floral de la violette est plutôt prononcé. Un très beau mélange.


Pinot Noir "Clayvin" 2017 :
Le nez est explosif de fruit : un savant mélange de fruits exotiques (papaye) et de fruits rouges. En revanche, en bouche, le fruit se fait plus discret. Il laisse place à des notes minérales et végétales (herbes fraichement coupées). La structure est remarquablement tannique avec une finale chaude malgré les 13,5° d'alcool. Un vin qui indéniablement saura garder son potentiel encore de longues années.


Pinot noir Cuvée "H" 2017 :
"H" en hommage au prénom de l'œnologue du domaine "Hätsch Kalberer". Ce vin est un assemblage de plusieurs parcelles qui permet à l'œnologue de conserver une trame similaire malgré les aléas climatiques des millésimes successifs. Le nez est très minéral mais présente au palais un fruit légèrement acidulé. On y retrouve de la prune, de la framboise et de la cerise. Les fruits laissent percevoir des épices (herbes et vanille). Les tannins sont très serrés, et couplés à l'acidité, promettent au vin plusieurs années de plaisir.


Stephan a la délicatesse de ne jamais influencer la dégustation. Il sert les vins, et revient seulement quelques minutes après avec les vins suivants. Nous laissant le temps d'apprécier et de les découvrir seuls. Cela rend l'exercice plus intéressant, et si nous n'avons pas trouver une subtilité d'un vin, nous pouvons replonger le nez dans le verre pour déceler les quelques détails techniques ou des anecdotes que Stephan aura ajouté dans un second temps. Par exemple, les détails du sol et du climat nous permettent de mieux assimiler la structure du vin. "Marlborough est situé sur le lie d'un ancien fleuve. Son sol est donc constitué de graviers alluviaux et de limon, et certaines zones avec de grosses pierres. Les parcelles se distinguent avec une densité plus ou moins marquée d'argile. (Clayvin, comme son nom l'indique étant majoritairement constitué d'argile)".
Les sols faibles en argile retienne peu l'humidité. "C'est ce qui fait l'étrangeté et la beauté des paysages de Marlborough : aujourd'hui les sols sont bruns (herbes) parce qu'il n'a pas plu récemment, mais ils redeviendront vert vif deux trois jours dès qu'il y aura une averse".



"Churton" 2017 :
La parcelle de Churton est située à 200m d'altitude, le climat y est légèrement plus frais, mais bénéficie d'une exposition lui permettant de recevoir les premiers rayons de soleil. Au nez, c'est incontestablement un pinot noir. On y perçoit des fruits rouges (fraises des bois) et noirs (cassis, prunes), du poivre et des notes minérales.
La bouche présente un excellent équilibre entre l'acidité et des tannins veloutés; on perçoit de la violette, du cassis et de la griotte. 

"Clayvin" 2018 :
En opposition à la précédente parcelle, Clayvin reçoit les rayons du soleil dans l'après-midi. Le vin est vraiment différent. Au nez, les fruits cuits pourraient le confondre avec un syrah. Mais c'est bien un pinot noir, la bouche le confirme avec une minéralité prononcée (craie) et des arômes de framboise. Le vin est léger, fluide et aérien. 
Une même maison, un même cépage, mais des millésimes et des parcelles qui révèlent des notes et des structures totalement différentes.


Malbec 2017 :
Le vin est un assemblage de 5 barriques différentes, où il y a passé les 18 mois précédents. Le nez est distinctif du Malbec, on le compare aisément au Cahors Français. Un ensemble de fruits noirs et de violette. Un vin très tannique avec une finale cassis. Un vin à ouvrir dans plusieurs années, voire plus de dix ans.



Syrah 2017 :
Les vendanges de cette parcelle ont été marquées par une contrainte météo. Un cyclone ayant rendu la récolte impossible (vent et forte humidité). Les vendanges se firent tardivement et en une seule fois. Malgré ces aléas dans la vigne, le travail en cave a permis de produire un vin agréable. Le nez est intense en poivre noir et en géranium. La bouche est également dominée par le poivre, mais les épices sont plus nuancées, on oscille davantage sur le poivre blanc ou gris.
Un allié parfait pour une viande sauce aux poivres, voire une pièce de bœuf sans sauce, le vin faisant le travail à lui seul.

Cette évocation d'un accord mets et vins nous permet d'aborder la culture culinaire de la Nouvelle-Zélande. Nous voulions surtout savoir, quand et comment le néo-zélandais moyen boit-il du vin. D'après Stephan "La Nouvelle-Zélande est un pays démographiquement jeune. Avec l'age notre palais s'affine et s'écarte progressivement du sucre au profit de la subtilité. Nous n'avons hélas pas encore de véritable culture gastronomique, mais cela évolue. Revenez dans vingt ans, et vous trouverez bien plus de restaurants qu'aujourd'hui." Et la consommation du vin s'en trouvera forcement influencée. Pour appuyer ses propos Stephan nous propose un jeu.
"Habituellement je ne fais pas forcement déguster les vins moelleux suivants, mais plutôt que votre avis, je voudrais que vous me fassiez une recommandation d'accord mets et vins". 


Riesling "spatlese" 7,5° :
"Spätlese" signifie vendanges tardives en allemand. Cette bouteille est reconnaissable par sa forme allongée et la couleur bleutée du verre.
Ce qui marque c'est sa légèreté, avec seulement 7,5° d'alcool le vin est beaucoup plus léger et aérien que les moelleux classiques. Le vin conserve une acidité élégante et évoque une compotée de pomme, un vin frais et gourmand.
Pour ce vin, nous avons opté pour un accord avec une brioche, un vin léger qui sera parfait pour l'après-midi.
Stephan y voit plutôt un idéal avec des œufs et du bacon, pour le brunch il ajoute : "il n'y a pas d'heure pour ce vin, il passe même au petit-déjeuner !"

Gewurztraminer "late Harvest" 2018 (12,5°) :
Ce vin est un mariage réussi de fruits confits, de fleurs blanches et de vanille. Des fruits jaunes mûrs (abricots) et des agrumes oranges (clémentines) juteux et gorgés de soleil. On perçoit également quelques nuances d'amandes grillées. Un régal !
Nous orientons l'accord vers un dessert, une tarte aux fruits (jaunes) ou une pâtisserie à la crème fouettée. Stephan opte pour le fromage.

Riesling "beerenauslese"2018 (12,5°) :
Le nez pétroleux est typique du cépage, mais les effluves sont discrètes. En bouche, le vin est évocateur d'un abricot confit et d'un miel de fleurs, on perçoit en finale des nuances plus tropicales (mangue). La texture est douce et pas trop lourde. "Beerenauslese se traduit par "baies (de raisins) sélectionnées".
Quand nous pensons aux foie-gras, Stephan choisi un repas asiatique.

Il n'y a pas de mauvaises réponses. Tous les choix sont judicieux, sauf peut-être boire du vin au petit déjeuner (quoi que…) ; mais c'est surtout notre éducation gastronomique et nos habitudes qui nous orientent dans ces conseils. En effet, les fish & chips et les plats asiatiques sont assez occasionnels dans les habitudes culinaires françaises or ces plats sont monnaies courantes en Nouvelle-Zélande. Pour la dégustation c'est pareil, ce sont les habitudes et les expériences que notre palet a vécu qui nous permettra de percevoir les notes du vin, et d'imaginer son partenaire idéal. L'exercice était intéressant et amusant.


Nous concluons l'entretien par nos questions habituelles :
La philosophie viticole de Stephan : "Un vin n'est pas une simple boisson. Il faut le choisir en pleine âme et conscience. C'est ce qui légitime son prix élevé à mon sens."

Ses vins français favoris : "C'est un choix trop difficile ! Mon cœur est divisé entre Bordeaux et la bourgogne… Alors je choisirai Échezeaux pour la Bourgogne et Château Latour (Pauillac) pour Bordeaux… Mais il y a aussi un Champagne que j'adore. C'est un petit domaine bio qui travaille également en biodynamie, c'est le champagne Jestin"


Nous concluons notre visite par l'échange de la winechain, "la cuvée H" 2017, Stephan aura l'immense générosité d'offrir une seconde bouteille pour nous. Nous saluons notre guide du jour avant de nous promener vers ses parcelles les plus éloignées, et découvrir la cave de Cloudy bay. 

Alors pour ces deux heures inoubliables, merci Stephan pour le temps que tu nous as accordé, merci de nous avoir fait découvrir Marlborough et de nous avoir éclairé sur la consommation Néo-Zélandaise. Merci pour ta gentillesse, ta bienveillance et ta générosité.
Bienvenu dans la Winechain


Commentaires